L’orthorexie

« On articule ses fonctions corporelles à des machines pour lutter contre l’ennui ou accroître l’exercice du contrôle sur soi. »

Le Breton, 1999

La morbidité d’un phénomène qui culturellement est valorisé: « Consommer plus de la moitié de sa nourriture sous forme végétale pour éviter le cancer colorectal »; « Manger des fruits et des légumes de toutes les couleurs réduit le stress oxydatif responsable de près de 100 maladies »; « Éviter les produits transformés par l’industrie agroalimentaire car ils favorisent le diabète, l’obésité… »; « Les régimes pauvres en glucides sont ceux qui marchent le mieux et le plus rapidement »; « Supprimer les sucres simples rapides réduit les risques de cancers du sein » […] Autant de phrases auxquelles nous sommes confrontés tous les jours.

Le DSM-V fait état de différents troubles de l’alimentation tels que l’anorexie mentale, la boulimie ou l’hyperphagie qui sont des préoccupations importantes quant à la quantité de nourriture ingérée et l’importances accordée à l’apparence du corps. Des spécialistes dans le domaine mentionnent l’apparition d’un nouveau trouble de l’alimentation: l’orthorexie. Ce dernier désigne des individus dont l’attention est considérée comme excessivement centrée sur la qualité de la nourriture (biologique, végétarienne, sans gluten…). Le reste de l’alimentation, qu’ils ne se donnent pas le « droit » de consommer, sans raisons médicales, est considérée comme malsaine (Shankland, 2016).
« Trop souvent, j’ai constaté que la recherche d’un traitement curatif par le régime devenait une maladie plus grave que le problème initial » nous cite Steven Bratman (2010) qui est à l’origine du nom « orthorexie ». Il y a toujours eu des recommandations concernant l’alimentation, mais ces dernières années, cette obsession est devenue hors de contrôle: chez de plus en plus de sujets, cela semble être devenu une caractéristique d’un trouble alimentaire comme l’anorexie mentale ou la boulimie (Bratman, 2010).
Dans le même temps, depuis quelques années, nous sommes face à l’émergence d’un nouveau média: les réseaux sociaux. Ces derniers sont devenus un moyen de divulgation d’une image du corps « idéale » et de nombreux régimes ou modes alimentaires considérées comme « saines ».

L’image de notre corps pose question depuis très longtemps. De nombreux philosophes comme Platon ou Darwin les étudiaient déjà à leur époque. Cependant, les diverses formes de questionnement de sa propre apparence ont évolué avec le temps et les influences sociales. Nous avons subit d’importants changements dans les rapports à notre alimentation depuis les années 1950 qui contribuent à sortir de l’acte alimentaire comme allant de soi et à augmenter la « réflexivité alimentaire ». Qu’il s’agisse de notre culture, de notre nature ou des représentations que nous avons de ces dernières, notre manière de nous alimenter est soumise à différents paramètres. Dunoux (2014) mets l’accent sur nos choix alimentaires face à des dangers réels ou imaginés: « Se fondent-ils sur des évidences possibles ou des preuves avérées ? Des analogies ou des démonstrations ? Généralise-t-il à partir d’un cas ou d’un ensemble ? Fait-il référence aux résultats scientifiques ou à ses propres croyances ? Son raisonnement tend-il vers l’universel ou le particulier ? » (Dunoux, 2014)

Certaines influences alimentaires, omniprésentes dans les divers médias, peuvent entraîner à des cheminements constants quand à l’importance de contrôler son alimentation pour être en bonne santé, inscrivant ainsi possiblement le trouble orthorexique dans une problématique sociétale. On note en effet une suspicion quant aux produits (composition, traçabilité, origine…) mais aussi le soucis croissant de soi, à travers une obsession de l’hygiène alimentaire, et cela renvoie à l’urgence de s’interroger sur les valeurs que promeuvent indirectement les politiques nutritionnelles (Dunoux, 2014).

« Chacun d’entre nous est influencé dans ses habitudes alimentaires par son environnement […] La plupart d’entre nous n’ont pas conscience de toutes ces influences » (Wansink, 2009). Ces influences alimentaires, bien qu’inhérentes à tout un chacun, incitent certaines personnes à modifier leurs comportements et à y répondre favorablement ou plutôt excessivement.

« […] une discipline stricte, fût-ce au nom d’une meilleure santé, pour quelqu’un qui fondamentalement, est déjà en bonne santé, n’est pas du tout sain en réalité. En fait, cela pourrait même déclencher une maladie. »

MacGregor, 2018

Margot Verlhac

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